Corruption et élections en RDC : Des grands électeurs mis en cause

Corruption et élections en RDC : Des grands électeurs mis en cause

11 mars 2019 0 Par Rédacteur
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En République démocratique du Congo, la corruption pour achat de vote, a atteint le pic de près de 10.000 à 100.000 dollars durant la période électorale des sénateurs, selon les informations en notre possession. A ces frais s’ajoutent les promesses de remboursement des fonds dépensés lors de la campagne électorale.

Le débat est vif à Kinshasa. On en parle dans les rues, les shops,  les cercles des intellectuels, à l’administration publique et dans les salons huppés de la mégapole. ‘‘Le mal a pris des proportions telles qu’il produit une inversion de nos propres valeurs. Nous avons élu les députés provinciaux pour nous défendre à l’Assemblée provinciale. Ils sont devenus de commerçants, c’est regrettable’’, déclare Rebecca Kalubi, agent de l’Etat. Winner Kayombo, un membre de l’Udps penche sur les conséquences et déclare : ‘‘nous voyons les conséquences de la corruption. Elle va nous amener le sous-développement, la pauvreté et les soulèvements en plus de la mobilisation et la mauvaise répartition des ressources. La corruption est une menace à la stabilisation et à la sécurité sociale qui freine le développement économique et entraine la différence entre classes sociales ”.

Les organisations de la Société civile, notamment l’Association Congolaise d’Accès à la Justice (ACAJ), ont fermement dénoncé la corruption durant le scrutin sénatorial. L’ACAJ affirme que les députés “ont vendu leur vote”.  Robert Kabakela de la Nouvelle Société Civile Congolaise (NSCC), crie au scandale : “ils ont honteusement trahi le peuple et les députés provinciaux ne méritent aucune considération. La justice doit vite rechercher les corrupteurs et corrompus sur base de leur déclaration qui constitue les éléments de preuves et qu’elle punisse sévèrement’’. Fryda Mushy, député provincial de Kinshasa a exigé : ‘‘Les poursuites du procureur général près la Cour de cassation ne peuvent pas épargner des gens impliqués dans la corruption et des violations graves des droits de l’homme. Nous lui disons qu’il doit agir en respectant les droits et libertés fondamentaux des citoyens, en faisant respecter l’indépendance de la justice et en veillant à ce que la justice ne puisse pas être utilisée à des fins politiciennes comme c’est le cas actuellement contre le peuple’’.

Vivement la justice

Me Désiré Kazadi fait savoir que le Code pénal  punit de dix ans d’emprisonnement le fait, par quiconque, de proposer, sans droit, à tout moment, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques à une personne dépositaire de l’autorité publique, chargée d’une mission de service public. Selon lui, les deux parties prenantes du pacte, corrupteur et  corrompu, sont passibles des poursuites relevant des articles 432-11 et 433-1 du Code Pénal.   Dans un autre point de vue, Musikitela Lemambel, magistrat de son état, pense que ‘’Le débat sur la corruption sur les élections sénatoriales doit se focaliser sur le rôle central que doit jouer la justice qui est en complète renonciation. Je crains comme d’autres Congolais anonymes que la démocratie en RDC ait en face la corruption comme danger ! Il faut qu’il y ait de sanctions pour dissuader les ennemis du peuple’’.

Pour rappel, les appels ont fusé de partout pour dénoncer la corruption dans le chef de députés provinciaux à la veille des élections des sénateurs (le 15 mars) et des gouverneurs de province (initialement prévues le 26 mars).

D’abord, c’est la société civile qui est montée au créneau par le biais de Maître Georges Kapiamba de l’ACAJ et le « Collectif de l’Elite Haut-Katangaise » (composé de dix personnes  dont deux avocats). Ledit collectif a d’ailleurs cité le nom de quelques personnalités impliquées notamment Messieurs Célestin Pande Kapopo et Jacques Kyabula Katwe, le premier candidat Sénateur et le second candidat Gouverneur sur les listes FCC. Les deux personnalités sont accusées de dilapidation spectaculaire des deniers publics pour avaliser leurs candidatures ou chercher à gagner la sympathie des électeurs. A en croire, ce collectif, 22.000USD dollars ont été distribués  par le ministre provincial des Finances Jacques Kyabula le 11 février à l’issue de sa rencontre avec certains députés provinciaux à l’Hôtel Karavia Pull Man de Lubumbashi. Ensuite, les candidats qui se sont rétractés.

Dans sa lettre n°ABI/CI/002/2019 du 14 février, l’homme d’affaires Adam Bombole a écrit au président de la CENI pour annoncer le retrait de sa candidature aux sénatoriales. Tenez, l’affirmation  d’Adam Bombole est très éloquente. ‘’ Je ne me soumettrai jamais à la corruption, marcherai toujours tête haute, regardant tous mes semblables droit dans les yeux’’.  Quelques heures plus tard, c’est le tour de Vidiye Tshimanga, conseiller spécial de Félix Tshisekedi et candidat sénateur de jeter l’éponge. ‘’ Il y en a un qui m’a demandé carrément 50.000 dollars, assure ce dernier. Le moins cher était à 25.000 dollars. Je me vois très mal dépenser de l’argent pour corrompre des députés et ensuite me battre contre la corruption. Je ne peux pas  me lancer dans cette bataille de cette manière-là’’.  Enfin, Luzolo Bambi, ancien conseiller spécial de l’ancien Chef de l’Etat en matière de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, blanchiment des capitaux et financement du terrorisme a également rendu le tablier. Ce  dernier a même demandé au Procureur d’ouvrir information judiciaire  à ce sujet.

Peter Tshibangu

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