Députation : la déception des électeurs congolais

Députation : la déception des électeurs congolais

29 octobre 2018 0 Par Rédacteur
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Photo Radio Okapi (John Bompengo)
Légende photo : Palais du Peuple siège du Parlement en RDC

La tension électorale monte lentement mais sûrement à Kinshasa avec l’approche des élections générales du 23 décembre. Le débat sur la machine à voter chevauche quotidiennement avec celui du choix des candidats. Les convictions politiques ne sont pas très nettes chez les électeurs.
Les opinions sont en effet partagées sur les options à prendre dans les quartiers défavorisés et populeux de la ville de Kinshasa en ce qui concernent les élections. La majeure partie souhaite des élections pour accélérer le départ de l’actuel président de la république qui a consommé son 2ème mandat depuis 2016. C’est le cas de ce groupe de 5 jeunes de 20-35 ans du Camp Luka qui hésitent entre les candidats annoncés à la présidence de la république mais ne veulent pas sentir les candidats députés soit provinciaux soit nationaux.
Après quelques minutes d’échanges entre les jeunes gens, j’injecte une autre question. « Avez-vous un candidat la députation provinciale ou nationale ? » « Ces gens-là ne sont pas sérieux, réagit un quinquagénaire qui a rejoint le groupe dans ce débit de boisson pour whiskies frelatés. Ils viennent vous promettre la lune avant les élections mais ne font rien une fois élus. Il y en a un qui brandissait une chicotte en disant qu’il irait au parlement chicoter les voleurs. Il transportait même des gens gratuitement dans un camion transformé en bus. Qui a-t-il chicoté ? Où est le camion-bus ? Il va encore revenir pour que nous votions pour lui. C’en est assez ! » L’homme qui donne cette opinion est apparemment désabusé.
C’est le cas de plusieurs électeurs potentiels rencontré dans les bus et lieux publics de la partie Ouest de Kinshasa. Car tout le monde ou presque en âge de voter détient une carte d’électeur. Ne vous y trompez pas, la première justification pour l’obtention de ce document est plutôt administrative. « J’ai souffert en 2005-2011 pour avoir boycotté l’enrôlement au Kasaï » explique le motard Kalonji dont l’accent luba est patent bien qu’il s’exprime dans un lingala correct. Tout le monde est presque d’accord sur cet élément dans un pays où la carte d’identité n’existe plus depuis 1997.
Guy Lutendele, l’air d’un paysan, affirme qu’il n’ira pas voter. « J’ai voté en 2006 et 2011, ça n’a rien changé à ma vie. Et puis, aller voter, ce sont des dépenses. Il faut faire des longues files, acheter une boisson sucrée ou quelque chose à manger. Tout ça pour rien », s’explique-t-il sur un ton amer.
Profiter maintenant !
C’est au quartier Binza-Ozone que nous récolterons une réponse qui reviendra souvent. Mireille Nzuzi, une jeune trentenaire dynamique s’exprime d’une voix claire : « Moi je vais voter. Mais avant de le faire, je dois bouffer l’argent de plusieurs candidats. Et puis je voterai pour la personne que choisira mon cœur le jour du scrutin. Je n’ai rien à gagner ou à perdre avec ces politiciens. Ils sont tous les mêmes. D’ailleurs, je n’ai aucun parent dans la course électorale !»
« Nous n’avons pas besoin de voter pour x ou y. Notre objectif est résoudre nos problèmes avec l’argent des candidats car on a vu ce que valent leurs promesses faites en 2011 !» dira Gaspy Mavambu surpris en pleine conversation à Delvaux-Lalou, toujours dans la commune de Ngaliema.
Le précité fait du porte à porte pour convaincre les résidents à accueillir n’importe quel candidat qui se pointerait afin de lui soutirer des contributions. Gaspy est obsédé par les érosions qui ont emporté des maisons dans le quartier. Les travaux effectués par les Chinois n’ont pas été achevés et la menace plane toujours.
En effet, des sensibilisateurs viennent avec des projets pour soi-disant aider les jeunes. Des centres de formation en coupe et couture, informatique, mécanique et autres métiers naissent comme des champignons. Curieusement, c’est seulement à l’approche des élections !
Des candidats inconnus
Il faut signaler que bien peu de gens se rendent au BRTC (Bureau de réception et traitement des candidatures) de la CENI de Ngaliema où étaient affichées depuis quelques semaines les listes provisoires des candidats députés provinciaux en attendant les recours et avis de la Cour d’appel. Le Chef du BRTC Kin III Ngaliema rapporte n’avoir vu que des candidats et suppléants venus vérifier leurs noms. « On ne voit pas des simples curieux venir s’informer. Et pourtant c’est eux qui doivent voter», déplore-t-il.
Pas mal de banderoles « Les amis de… » soutenant telle personnalité ou telle cause sont visibles ci et là depuis plusieurs mois. Cela ne semble pas impressionner outre mesure les électeurs qui comprennent déjà l’intention cachée derrière ces amitiés suspectes. Il faudra peut-être attendre l’affichage des listes définitives et l’ouverture de la campagne électorale pour entrer dans une autre dimension de ces joutes électorales. Car, rares sont ceux qui demandent les projets sociaux des partis politiques et regroupements politiques admises aux élections. C’est plus l’argent des prétendants qui intéresse la majorité d’électeurs potentiels. « On doit bouffer leur argent même si on ne va les élire ! » répètent beaucoup de Kinois.
Des candidats déterminés
Pour toute la République c’est 780 sièges de députés provinciaux pour 19.700 candidats environ. Charles N. est candidat député provincial dans la circonscription de Ngaliema où 5 sièges sont proposés aux 245 postulants retenus à ce jour. Il est au courant de toutes ces opinions mais il reste déterminé. « C’a toujours été comme ça. Et il y a des gens qui viendront voter. Nous battons campagne pour gagner les voix disponibles » a assuré l’intéressé. Des sensibilisateurs sillonnent les associations pour attirer les sympathies des uns et des autres.
Bartan M.

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