Infirmité musculaire cérébrale en RDC, le calvaire des enfants victimes

Infirmité musculaire cérébrale en RDC, le calvaire des enfants victimes

2 mars 2019 0 Par Rédacteur
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Corps non couverts, bras croisés et bloqués, accroupis, assis ou debout…de gamins rivalisent de sanglots attirant l’attention de tout nouveau venu qui croit tout de go à une cellule de torture pour des enfants. On est plutôt dans la salle de kinésithérapie de l’Hôpital général de référence de Makala (HGRM) dans la ville de Kinshasa. Dès l’entrée dans cette salle aménagée par Handicap international, tout visiteur a les larmes aux yeux, au regard du spectacle offert par ces enfants frappés d’infirmité motrice et cérébrale (IMC).

Sur le premier plateau, on rencontre Dimeresi, une fillette de 3 ans « blindée » par la kinésithérapeute Emilie. La patiente n’a pas l’usage de ses mains et pieds ; elle ne sait ni s’asseoir, ni se tenir debout, ni marcher. Mais l’enfant ne supporte pas les exercices physiques auxquels elle est soumise. Abandonnée par sa maman et son papa, la petite est conduite aux soins par sa grand-mère.

A côté, c’est Mukuna, un jeune garçon d’environ 5 ans. Venu au monde avec une santé de fer, Mukuna est victime du choc consécutif à la mort de sa maman qui l’a plongé dans une forte dépression mentale. Depuis, il a tout perdu : la marche, la parole… Il est devenu presque déséquilibré. Son père est parti avec tous les autres enfants, laissant Mukuna en cadeau à sa belle-famille.

Pris en charge par Handicap international, le petit garçon est conduit au centre par sa grand-mère, rongée par le poids de ses 76 ans d’âge. Sans moyen financier pour le transport, la vieille dame doit recourir à la grève de la faim pour obliger la tante maternelle de Mukuna à sortir les 1000Fc de transport, trois fois par semaine.

Plus loin, Nephtali Shishu est soumise au même exercice. Le kinésithérapeute Gaston s’emploie à aider cette fillette qui totalise 5 ans en mars prochain sans être capable de s’asseoir, de marcher, de parler ou de prendre quelque chose avec ses mains. Sa mère a perdu son emploi depuis 4 ans puisque devant s’occuper de sa fille que personne au sein de sa famille ne veut rapprocher. On accuse le mari d’avoir sacrifié l’enfant pour une promotion au travail. Pourtant, affirme Mme Ruphine, son mari est au dernier grade dans une entreprise informelle. De l’autre côté, la famille du mari conseille le divorce dès cette première naissance dans ce foyer, soupçonnant la belle-famille de sorcellerie.

Stigmatisés

Toute cette querelle en rajoute au calvaire des enfants IMC torturés à la fois par leurs conditions physiques et par la stigmatisation au sein de la société. Ils sont considérés comme le produit d’un envoutement satanique ou comme porteurs de malheur pour la famille. Beaucoup sont privés de nourriture pour hâter leur mort, d’autres sont chassés avec leurs mères.

Ce faisant, au lieu de les conduire dans les formations médicales appropriées, ils sont livrés à des pasteurs et à des charlatans qui les soumettent à des traitements plus cruels encore aux fins de sortir le démon qui logerait en eux. Des pasteurs recourent à la chicote pour fouetter ces silhouettes déjà malingres ; c’est une victoire sur le diable lorsqu’intervient la mort.

Sur place, on a appris le décès il y a peu d’un enfant soigné au HGRM (ex-sanatorium de Makala) et qui était retiré par ses parents pour des soins dans une église située dans la commune de Kasa-Vubu. Lorsque l’enfant meurt à l’issue d’une cérémonie particulière, les parents et les soigneurs l’ont placé dans un cercueil, mais sans drap ou couverture. L’enfant était placé visage vers le bas du cercueil et le corps couvert de feuilles d’arbre, avec à la clé un ordre : « Vas-y, ne reviens plus ! ». Donc rejeté jusqu’à la mort !

En RDC aucune disposition réglementaire ni institutionnelle n’est mise en place pour la prise en charge spécifique de ces enfants stigmatisés. Ils sont plutôt protégés, de manière générale, par la Loi n° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant ; dans son chapitre 2, article 62, elle prévoit une protection spéciale pour l’enfant en situation difficile, tel l’enfant frappé de handicap. Le pays est également signataire des dispositions de l’Unicef portant protection de l’enfant contre la violence, l’exploitation et les abus,  souligne-Me. Alain Ilunga, avocat au barreau de Kinshasa/Matete.

Capables de prouesses

Selon le docteur Paulin Ibatia, médecin physique au HGRM, les causes de l’infirmité motrice cérébrale (IMC) sont nombreuses. Elles sont soit maternelles : infections méningo-encéphaliques, neuro-paludiques ; la souffrance fœtale aigue…Le diabète, l’hypertension, le manque d’hygiène lors de l’accouchement, la naissance prématurée…entre autres, expliquent la malformation de l’enfant qui naît.

Qu’à cela ne tienne, ces enfants sont récupérables par la médecine. Tout est question des soins administrés et à administrer à ces patients. Ces soins exigent, au cas par cas, la combinaison de plusieurs disciplines : la kinésithérapie, l’orthopédie, l’ORL, la logopédie, etc.

Jacques Famba

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