Le non respect du contrat de travail se porte bien dans les entreprises de presse kinoises

Le non respect du contrat de travail se porte bien dans les entreprises de presse kinoises

25 décembre 2018 0 Par Rédacteur
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Des journalistes au siège de la Ceni le 6/12/2011 à Kinshasa, lors de la publication des résultats partiels de la présidentielle de 2011 en RDC. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

La grande majorité de journalistes œuvrant à Kinshasa travaillent dans des mauvaises conditions. Ce constat émane de plusieurs membres de la corporation basée à Kinshasa, capitale de la RDC. Beaucoup d’entre eux, y évoluent depuis des années sans avoir signé un contrat de travail avec  les organes  de presse qui les emploient.

Le relayeur qui s’oubli

Habitués à relayer les revendications salariales et autres réclamations des fonctionnaires, les journalistes  congolais sont, eux-mêmes victimes de plusieurs violations des droits dans l’exercice de leur métier. La plus grande violation dans ce secteur reste l’inexistence des contrats de travail entre les journalistes et les responsables de maisons de presse.

L’absence de ce document important dans le monde du travail expose les journalistes à plusieurs difficultés. Il s’agit par exemple des révocations sans raisons valables, du travail en dehors des heures de service, des obligations de travail qui ne cadrent pas avec le métier des journalistes et autres.

‘‘J’ai été chassé de la rédaction par mon patron, simplement pour absence à une réunion qu’il a convoqué à son domicile. Il m’a demandé de l’accuser où je veux et s’est permis de me dire qu’il n’a pas d’engagement avec moi’’, a témoigné un ancien journaliste d’un quotidien de renom paraissant à Kinshasa qui a requis l’anonymat. Depuis lors, il a décidé d’évoluer comme journaliste indépendant.

Cardoso Ludi, actuellement journaliste au quotidien ‘‘Le Potentiel’’ parle de son calvaire. C’est depuis dix ans qu’il travaille pour ce journal le plus célèbre de la RDC. Dans ces dix ans de métier, il a passé des années comme stagiaire professionnel avant d’être engagé. Retenu de manière officielle dans cette entreprise de presse, il devait encore attendre près d’une année pour recevoir son premier salaire. Son engagement a était fait de manière verbale par un de ses responsables directs.

Un autre c’est celui qui se surnomme Baudouin. Journaliste depuis 16 ans, il affirme avoir  travaillé pour la presse écrite, la radio et la télévision. Pour lui, les propriétaires des médias à Kinshasa sont les mêmes quelques le format. Tous selon lui, ne reconnaissent pas les droits des journalistes surtout en ce qui concerne le salaire. ‘‘Il est difficile d’affirmer que je vis avec mon salaire de journaliste car, il est trop insignifiant pour satisfaire à mes besoins’’, a-t-il dit. Père des quatre, Baudouin avoue qu’il est souvent contraint à recourir à des pratiques qui vont contre l’éthique et la déontologie du métier. ‘‘Pour besoin d’argent, je suis obligé de traiter l’information selon les exigences des acteurs politiques’’, a-t-il reconnu.

A la recherche d’un salaire consistant, plusieurs journalistes ont fait le tour des différentes maisons de presse de Kinshasa. Malheureusement pour eux, la situation est la même. ‘‘J’ai décidé d’arrêter avec ce métier parce qu’il ne paie pas et en plus les responsables ne reconnaissent pas les mérites des journalistes’’, a dit Jean-Pierre Bwila, ancien journaliste devenu enseignant.

Juste une portion
A Kinshasa, il existe une petite portion des médias qui fournissent d’efforts pour réunir les conditions de travail du personnel. Parmi ces médias, on cite la radio onusienne, ‘‘Okapi’’ et radio ‘‘Top Congo’’ d’an acteur privé. ‘‘C’est à la radio Okapi que j’ai signé pour la première fois dans ma vie professionnelle un contrat de travail et je touche mon salaire chaque fin du moi’’, a témoigné un journaliste de la radio onusienne.

    De leur côté, les responsables des organes de presse sollicités n’ont pas voulu s’exprimer sur ce sujet. Ils évitent tout commentaire concernant les signatures de contrat de travail et la façon dont-ils traitent les journalistes financièrement. D’après Scott  Mayemba, de l’ONG Journaliste en danger (JED), la presse congolaise cache des étouffantes et scandaleuses conditions sociales. ‘‘Jusqu’à aujourd’hui, il y en a qui gagnent mensuellement moins de 100 dollars et d’autres  qui n’ont même pas de salaire’’, a-t-il dit.

Georges Jérémie Wawa, professeur des universités, reconnait qu’il existe très peu de journalistes qui ont signé un contrat de travail avec leurs employeurs. ‘‘A part la RTNC, l’ACP, la radio okapi et quelques autres organes, rares sont des maisons de presse où une convention collective a été signée en faveur des journalistes’’, a-t-il indiqué.

Pour le président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC), Ntito Ndombe, le grand problème dans ce secteur est que les organes de presse privés fonctionnent comme des structures des secteurs informels. On y remarque l’absence de contrat de travail, d’un salaire garanti et autres maux. Selon lui, les efforts sont fournis pour que les journalistes travaillent dans des bonnes conditions.

A son tour, Al Kitenge, analyste du secteur économique congolais a fustigé l’absence de contrat de travail. Il a plaidé pour la création de véritables organes de presse à la recherche du profit et non à des porte-voix des opérateurs politiques.

Selon Maurice Ngongo reconnu sous le nom de Zamenga, avocat au barreau de Kindu, il est inadmissible que l’employeur puisse faire travailler un employé pendant vingt-deux jours consécutifs pour une durée de deux mois et ne pas lui octroyer un contrat indéterminé. Il cite l’article 40 alinéa 2 du code du travail qui stipule que : ‘‘dans le cas d’engagement au jour le jour, si le travailleur a déjà accompli vingt-deux jours de travail sur une période de deux mois est, sous peine de pénalité, réputé conclu pour une durée indéterminé’’, a-t-il indiqué.

    Dans le même ordre d’idée, l’article 43 du même code dit, l’employeur a l’obligation de faire signer à l’employé un contrat de travail. Au-delà de six mois d’essai, l’employeur est considéré comme ayant signé un contrat à durée indéterminée.

Jean-Hilaire shotsha

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